Le Corbusier Peintre

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Le Corbusier est mondialement connu des professionnels en tant qu’architecte, urbaniste ou écrivain, mais moins en tant que peintre. Pourtant, cette activité a été constante de 1918, date de son premier tableau signé Jeanneret, jusqu’à son dernier souffle en 1965.

Mieux, il affirmait que son évolution en matière d’architecture passait par ses recherches picturales : « Je pense que si l’on accorde quelque chose à mon œuvre d’architecte, c’est à ce labeur secret qu’il faut en attribuer le mérite »

En tant que plasticien, le Corbusier a laissé 400 tableaux, 44 sculptures et 27 cartons de tapisserie

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Dans son livre « Le Modulor » publié en 1955 il écrit :

1 – A 31 ans, je peignais mon premier tableau,

(c’est à dire en 1918-« la cheminée » signé Jeanneret, une huile de format 60 x 73 cm)

(rigoureusement précis, car peindre c’est étendre de la couleur et c’est une tâche facile ; plus difficile est de savoir que peindre). Ma peinture fut de nature créative et non pas imitative, toujours constructive, organique, structurée, réclamant l’accomplissement de cette royauté humaine : établir le courant régulier entre la tête et la main dans une action simultanée porteuse d’équilibre.

Il y fallait de l’esprit de construction, le sens de l’équilibre, le goût de la durée, la notion de l’essentiel.

Il fallait aussi de l’imagination.

Le phénomène pictural m’apparut qui est de faire surgir le moment poétique par la fulgurance et l’originalité des rapports dans l’exactitude. L’exactitude tremplin du lyrisme.

L’architecture, alors seulement, se dévoila (à l’âge de 32 ans.). Le mécanisme intellectuel étant acquis, il fut transféré sur le plan différent de la chose bâtie. Puis pour l’urbanisme, transféré sur le plan social, binôme individu-collectif, amour de l’homme, échelle humaine, lois de nature, prise de possession de l’espace…

Voila pourquoi un jour, passant au pied de ce mur derrière lequel jouent les Dieux, j’ai écouté. J’étais irrémédiablement curieux…

 

2 – Le modulor n’a jamais donné de l’imagination à ceux qui n’en ont pas. Voici des peintures récentes. Elles représentent un long travail de préparation (des années souvent), mais une exécution, la plupart du temps rapide ; ce qui n’est pas contraire à la qualité d’un tableau. Une idée met longtemps à naître, longtemps à se révéler, longtemps à se manifester sous la forme globale du tableau : composition, couleurs, valeurs, etc… Elle naît sans entraves(autre que l’indécision), sans tracé régulateur et sans Modulor, portant son lyrisme au potentiel poétique, dès la surgie de l’idée.

Mais voici le moment où l’on fabrique l’œuvre, où l’on fait le tableau. Pour le faire, il faut prendre une toile ou une planche, tracer le dessin, prendre sa couleur et l’étendre avec des pinceaux. La récompense pour celui qui se sera livré à une longue préparation, est qu’il ne cherche plus sur la toile : il exprime des idées acquises, il exécute.

 

3 – Est-ce que vous vous figurez que le « Modulor » est une panacée pour les maladroits ou les inattentifs ? Si le « Modulor »doit vous conduire à des horreurs, laissez tomber le « Modulor » ! Vos yeux sont vos juges, les seuls que vous deviez connaître. Jugez avec vos yeux, messieurs…..

Le « Modulor » ne donne pas de talent, et de génie encore moins. Il ne rend pas subtil les épais ; il leur offre l’aisance pouvant résulter de l’emploi de mesures sûres.

Mon travail, architectures, et peintures, est depuis plus de trente années nourri de sève mathématique, puisqu’en moi la musique est toujours présente.

 

4 – « En 1918 notre homme se met à peindre des tableaux très sérieusement réalisés. Les deux premiers sont composés « à la fortune du pot ! » Le troisième, en 1919* cherche à occuper la toile d’une façon ordonnée. Le résultat est presque bon. Mais voici le quatrième tableau qui reproduit le troisième rectifié cette fois-ci calé, cadré, structuré par un tracé catégorique Le résultat est indiscutable. Voici les tableaux suivants, en Kyrielle, 1920 : ils sont soutenus par une ferme géométrie. Deux ressources géométriques y sont exploitées : le lieu de l’angle droit, la section d’or.

* Le bol rouge 1919 huile sur toile 81x 65

 

Tracé régulateurs ayant permis de parfaire la composition de tableaux.

5 – Les tracés sont donnés ici à titre de témoins d’une pratique introduite dans mes travaux d’architecture dès 1911 et dans mes tableaux dès 1919. Particulièrement, le tracé de deux tableaux de 1920 qui fournit la solution dite « du lieu de l’angle droit », qui servit spontanément d’incitateur aux recherches du « Modulor » en 1942, vingt-deux années plus tard.

 

Extraits de Le MODULOR essai sur une mesure harmonique à l’échelle humaine applicable universellement à l’architecture et à la mécanique