Peindre ou se dépeindre; l’homme mis à nu

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Faire de la peinture,

Peindre,

Esquisser, achever un tableau, le vernir, le signer,

Réaliser un rêve, le garder pour soi.

Créer, bouffer de la couleur ou des espaces,

Composer, poser des couleurs sur des formes.

Et la ligne, la rapidité du trait,

La règle casse la rapidité, c’est du mental, mais ça rassure.

Dire l’essentiel, qu’est-ce que tu veux représenter,

L’abstraction est un langage en soi qui parle aux initiés, c’est un motif ,

La lumière, les contrastes, la matière,

Nourrir la toile comme on gave une oie !

 

J’aimerai avoir la touche de Hans Hartung, la transparence de Marc Rothko, la lumière de Pierre Bonnard, la géométrie de Vassili Kandinsky, la poésie et la légèreté d’André Masson dans sa maquette du plafond de l’Odéon, le symbolisme d’Odilon Redon, et la musique de Cézanne.

Ouf , j’ai tout dit et surtout l’impossible dédoublement de ma personnalité qui en est arrivée à un dé-quadruplement et plus puisqu’il y a affinités électives. Mais l’électeur n’est pas le lecteur, ni le critique d’art. Je n’ai d’ailleurs jamais été un critique, n’ayant qu’une seule méthode de penser : aimer l’autre et les œuvres issues de sa création.

Donc j’aime, j’aime systématiquement ce que je regarde, sinon je ne regarde pas. Amateur jadis de sensations et d’émotions je suis devenu plus rigoureux dans mes choix. Parti de peu, j’ai eu ma période Matisse, puis Nicolas de Staël, et Mark Rothko, pour enfin découvrir Pierre Soulages qui est à la fois un artiste et un artisan. « L’artisan sait comment faire, l’artiste ne sait pas ce qu’il va créer ». C’est aussi ma seule certitude : lorsque j’attaque un tableau, je ne sais comment commencer, ni ce qu’il va advenir de la combinaison entre le lignes, les couleurs, les valeurs, et les formes. Parfois je recommence cinq à six fois des tableaux totalement différents qui me poussent à penser que je suis nul, mais qu’avec un peu de persévérance on peut s’améliorer.

Peindre toute sa vie en noir pour trouver la lumière, voilà un paradoxe qui est difficile à comprendre mais pas à admettre. Le noir qui n’est pas une couleur pour les impressionnistes est malgré tout un support de création. D’ailleurs mon piano m’indique que les touches blanches ne peuvent pas se passer des touches noires. Quand aux touches de peinture, je me souviens ce que m’avait dit Thibault, « tu peux soit caresser le tableau avec ton pinceau, soit l’aborder sabre au clair, avec l’intention de détruire ta toile, la faire souffrir ».     Ce que je traduisais par ce que fait Willem de Kooning. Car peindre n’est rien ; il s’agit surtout de créer. Créer pour imiter le grand architecte ou pour oublier notre vie passagère. Créer pour laisser un message à ses enfants ; c’était mon cas.

Etrangement je découvrais qu’à l’aune de ma vie, au moment où j’étais le plus créatif et commençais à sortir la tête de l’au-delà, d’ici et maintenant, je préparais pour ma fille chérie, mes équerres, mon té, mes grilles à lettres et ronds, mes rapidographes, etc. Il me vint à l’idée que séparés depuis bientôt dix ans, Magdeleine se destinait aux arts plastiques pour se rapprocher de moi. De ma vie durant je ne suis jamais posé en exemple et jamais lui ai pas demandé de faire de l’architecture ou un métier d’art. Promis c’est juré, si je meurs j’irai rejoindre Léonard ou Raphaël.

Je revoyais les tableaux réalisés avec Magdeleine, ou séparément dans mon studio de 28 m², pendant la troisième débâcle de ma vie amoureuse. De bien belles choses que l’on ne peut reproduire aujourd’hui, comme si une œuvre d’art était l’expression d’une époque d’un état.

Aujourd’hui, après deux années à peindre la ligne droite et prôner son intérêt, je constate qu’elle tue la poésie et qu’en plus les ordinateurs savent la reproduire ! J’avais commencé ma réflexion par l’axiome suivant. Que peut faire un peintre pour se différentier de la création assistée par ordinateur, celle qui avait enterré vivant Vasarely. La réponse avait été très nette et rapide ; faire du flou et de la matière. C’est ce qu’attend le public de toutes façons. C’est ce qu’il achète, mais je ne peignais pas pour être apprécié, car j’avais autant peur de la critique, des commentaires sulfureux tels que celui qui m’avait été adressé en tant que bassiste au festival d’Andernos. Alors au sommet de mon envie de jouer, c’est-à-dire d’être reconnu et de m’oublier, j’avais essuyé un commentaire désastreux pour ma carrière d’amoureux du jazz ; » Quand au bassiste, dont la main gauche est aussi lente que la main droite, il n’a pas su apporter un plus au swing inné de Christian Ibanez »

Etonnement, je me régalais à relire cette critique qui aurait dû décourager n’importe quel semi-professionnel. Je n’y peux rien j’aime être coupable cela me permet d’exister, j’aime que l’autre me critique, c’est une façon d’avancer. Seuls ceux qui m’ont engueulé m’ont fait avancer, car j’ai de l’amour propre, madame ! Je crois entendre ma grand-mère et ma mère, « Tu n’as aucun amour propre pour te contenter de ce résultat »

Mon plus grand bonheur, mais aussi le plus éphémère et inutile c’est d’être sorti le premier de mon école d’architecture de Strasbourg et proclamé le plus jeune architecte de France. Et c’était vrai ! Bonheur destiné à plaire à ma mère toujours aussi exigeante pour les autres que pour elle-même. Elle ne m’avait pas transmis son sens critique, ou plus précisément j’avais décidé de n’aimer que les gens exceptionnels. Mon patron Edouard Albert, architecte de renommée internationale, maître du tubulaire, juste avant Monsieur Joakim Commeau, auteur des livres de mathématiques destinés à préparer l’entrée à polytechnique et aux Arts et Métiers, ainsi que mon professeur de contrebasse , Léon Vienne, élève d’Edouard Nanny ; l’inventeur de la contrebasse moderne.

Durant quatre années, j’avais admiré Jacques Yves Cousteau pour lequel j’avais conçu des spectaquariums, des îles flottantes et une partie du musée de la mer, je veux dire de la mère comme l’océan. Encore que j’avais plus rempli le musée de ma mère que celui du commandant Cousteau appelé JYC pendant les quatre années passées auprès de lui sur Sunset Boulevard à Los Angeles, en Californie. Période sans doute la plus heureuse de ma vie, passée à dessiner, inventer des lieux de vie entre terre et mer. Mon enthousiasme à quitter le plancher des vaches,- au demeurant bien aimées,- était récompensé par des créations loufoques. Celles-ci me faisaient oublier les chaines et les boulets que ma mère avaient consciencieusement créés, me répétant journellement : » tu ne sais rien, écoute ton père qui sait tout » En effet en tant qu’ingénieur des Arts et Métiers- sa seule fierté et planche de salut, mon père savait rien sur tout. Je compris la saveur de cette expression lorsque jeune architecte, je découvris que je voulais savoir peu sur beaucoup de sujets. J’enchainais donc avec le design intérieur, la sociologie, pour finir sur la psychologie, tenant et aboutissant de la vie.